Rendre le Nutri‑Score obligatoire et renforcer la transparence alimentaire

Le Nutri‑Score permet en un coup d’œil d’évaluer la qualité nutritionnelle d’un aliment. Mais aujourd’hui, son apposition reste volontaire, et certaines grandes marques ou distributeurs préfèrent l’ignorer lorsque leurs produits sont mal notés. Pour restaurer la confiance et améliorer la santé publique, il faut aller plus loin.

corn plant on field

1. Rendre le Nutri‑Score obligatoire et l’élargir à des indicateurs complémentaires

Le Nutri‑Score devrait devenir obligatoire pour tous les produits alimentaires transformés vendus en France, y compris ceux importés dans l’Union européenne. Une telle mesure ne peut être décidée qu’au niveau européen, car l’étiquetage est harmonisé dans l’UE : la France doit donc porter cette bataille à Bruxelles.

Cette notation pourrait être complétée par des indicateurs simples et visibles :

  • un score d’ultra‑transformation, inspiré des travaux scientifiques sur les aliments ultra‑transformés ;
  • un affichage du taux d’additifs et de la présence éventuelle de résidus de pesticides ;
  • un affichage environnemental progressif, introduit d’abord dans les filières les plus structurées (fruits, viandes, produits laitiers), avec un objectif d’extension à l’ensemble des produits d’ici dix ans.

Exemples étrangers : le Chili et le Mexique imposent déjà des logos clairs sur les produits trop sucrés, salés ou gras. Ces expériences montrent que des étiquetages simples influencent réellement les comportements d’achat.

2. Exiger une transparence renforcée sur l’origine des ingrédients

Beaucoup de produits transformés se contentent d’indiquer un vague “UE / hors UE” ou “élaboré en France” alors que l’ingrédient principal vient d’ailleurs. Pour mettre fin à cette opacité, il faudrait :

  • rendre obligatoire l’affichage précis de l’origine de chaque ingrédient principal (par exemple : “tomates – Espagne ; huile – Ukraine ; viande – France”) ;
  • harmoniser cette signalétique sur tous les produits vendus en grande distribution ou en ligne, y compris pour les plats préparés, sauces ou biscuits.

Cette mesure nécessiterait une coordination européenne pour éviter les distorsions de concurrence, mais la France pourrait déjà avancer par décret sur certains ingrédients stratégiques.

3. Instaurer une véritable réciprocité commerciale

Les producteurs français respectent des normes sanitaires, environnementales et sociales exigeantes. Il est incohérent que des produits importés puissent entrer sur le marché sans respecter ces contraintes.

Il faudrait instaurer une clause de réciprocité systématique :

  • tout produit importé devrait répondre aux mêmes normes de production que celles imposées aux producteurs européens ;
  • les accords commerciaux qui ne prévoient pas cette clause devraient être bloqués ou renégociés ;
  • l’accès aux marchés publics alimentaires devrait être conditionné au respect de ces principes.

Cette mesure ne peut être crédible qu’au niveau européen, car la France seule ne peut modifier les règles de l’OMC ni les accords commerciaux. Elle doit donc être portée comme une exigence française dans les négociations européennes.

4. Favoriser les circuits courts par un indicateur de distance

Un dispositif innovant et transparent pourrait être mis en place : un label de proximité, directement apposé sur les produits, sous la forme d’un code couleur ou d’une indication claire :

  • –10 : produit à moins de 10 km
  • +10 : produit dans un rayon de 10 à 50 km
  • +50 : produit dans un rayon de 50 à 100 km
  • +100 : produit à plus de 100 km
  • +1000 : produit importé à plus de 1000 km

Ce système, inspiré de démarches locales comme “Produit en Bretagne”, permettrait de renforcer l’information du consommateur, de valoriser les producteurs locaux et de réduire l’empreinte carbone alimentaire.

Précaution : cet indicateur devrait être couplé à une information sur les modes de production, car un produit local sous serre chauffée peut avoir une empreinte carbone plus élevée qu’un produit importé de saison.

5. Donner l’exemple dans la restauration collective

L’État et les collectivités doivent être moteurs dans la transition alimentaire. À l’horizon 2032, il faudrait fixer un objectif réaliste d’amélioration de la loi EGAlim, avec une montée progressive vers 30 % de produits biologiques dans les cantines scolaires, hôpitaux, EHPAD et administrations, au sein des 50 % de produits dits durables, c’est‑à‑dire issus de filières bénéficiant de signes officiels de qualité ou répondant à des critères environnementaux reconnus.

Pour accompagner cette évolution, il serait nécessaire de créer un fonds national d’alimentation durable, alimenté par une taxe sur les produits ultra‑transformés ou importés à forte empreinte carbone, afin de cofinancer les achats locaux des collectivités. Des contrats territoriaux alimentaires pourraient associer producteurs, collectivités et cantines pour définir des plans d’approvisionnement local avec des objectifs chiffrés. Enfin, des menus transparents pourraient être expérimentés dans les cantines scolaires et hospitalières, affichant l’origine des ingrédients et leur score nutritionnel et environnemental.

Vers une alimentation transparente et équitable

La sécurité alimentaire, ce n’est pas seulement “ne pas tomber malade”. C’est savoir, choisir et pouvoir faire confiance. C’est refuser une mondialisation alimentaire sans règle, au détriment de notre agriculture, de notre santé et de notre environnement.

En exigeant de la clarté, de la cohérence et de la réciprocité, et en portant ces exigences au niveau européen, la France peut redevenir un pays qui sait ce qu’il mange, et pourquoi il le mange.


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