L’eau est là. Elle coule du robinet, remplit les piscines, arrose les champs. Et pourtant, chacun sent confusément que cette abondance apparente pourrait ne pas durer.
Les sécheresses de 2022 et 2023 ont marqué les esprits. Les conflits d’usage se sont multipliés. Les nappes phréatiques se vident plus tôt, se remplissent moins vite. Et l’hypothèse d’une pollution malveillante – accidentelle ou volontaire – d’un réseau de distribution n’est plus de la science-fiction : c’est un risque stratégique, comme l’est devenue l’énergie.
Certes, des choses ont été faites. Le Plan Eau de 2023 a posé des jalons utiles. Deux arrêtés ont été pris pour encadrer la réutilisation des eaux usées traitées. Mais nous restons loin du compte. Les pertes dans les réseaux dépassent encore 20 %, et moins de 1 % des eaux usées traitées sont réutilisées. Ce qui était hier un sujet environnemental devient un enjeu de souveraineté, de résilience et de sécurité nationale.
Il est nécessaire d’élever l’eau au rang de ressource stratégique prioritaire, à protéger, à surveiller, à stocker.

1. Construire une stratégie hydrique nationale à long terme
Nous proposons la création d’un Plan stratégique eau 2050, sous pilotage du Premier ministre, rassemblant les ministères de l’écologie, de l’agriculture, de l’intérieur, de la santé et des armées. Ce plan définira :
- une cartographie nationale des vulnérabilités : zones à risque de sécheresse, de pollution, ou de conflit d’usage ;
- une hiérarchie des usages prioritaires, en cas de tension grave (alimentation, hôpital, irrigation ciblée…) ;
- des scénarios de gestion de crise hydrique, à la manière d’un plan de défense civile.
2. Sécuriser physiquement et numériquement les infrastructures de distribution
Un réseau d’eau peut être empoisonné, contaminé, saboté. Cette hypothèse, encore taboue, doit être intégrée à notre doctrine de sécurité.
Nous proposons :
- une revue de sûreté des installations critiques (stations de pompage, châteaux d’eau, usines de traitement) sous l’égide du SGDSN (Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale) et des préfets ;
- l’installation de systèmes de détection précoce des polluants dans les réseaux sensibles ;
- la création d’une cellule de réponse d’urgence hydrique, à l’image de ce qui existe pour l’électricité et le gaz.
3. Moderniser les réseaux pour réduire les pertes
Avec plus de 20 % d’eau potable perdue dans les fuites de réseaux, la situation est critique. Nous fixons l’objectif suivant :
- passer sous la barre des 10 % de pertes d’ici 2035, via un grand plan d’investissement dans les communes et intercommunalités.
Ce plan sera soutenu par un fonds national de rénovation hydrique, abondé par les agences de l’eau, l’État et la Banque des Territoires.
4. Réutiliser l’eau traitée : du retard français à la norme européenne
Alors que l’Espagne ou l’Italie réutilisent plus de 15 % de leurs eaux usées, la France est à peine à 1 %.
Nous proposons :
- de fixer un objectif de 10 % de réutilisation d’ici 2030, et 25 % à l’horizon 2040 ;
- d’accélérer la mise en œuvre des deux arrêtés publiés fin 2023 ;
- de soutenir les investissements dans des unités locales de réutilisation, sur les stations d’épuration, les golfs, les zones agricoles, les bases logistiques ou les grandes surfaces.
5. Protéger les captages et interdire la spéculation sur l’eau
Il faut sanctuariser les zones de captage de l’eau potable, encore trop exposées aux pesticides, nitrates ou aux installations industrielles à risque.
Nous proposons :
- de renforcer les zones de non-traitement autour des captages, avec indemnisation des agriculteurs si besoin ;
- d’interdire toute forme de spéculation foncière ou financière sur l’eau, comme cela commence à se pratiquer dans certains pays ;
- de publier chaque année un bilan de la qualité de l’eau potable commune par commune, de manière transparente.
Conclusion
L’eau est là. Mais elle n’est pas acquise.
Ce que nous faisons aujourd’hui déterminera si nos enfants boiront une eau sûre, bon marché et accessible. La France a encore les moyens d’anticiper les chocs plutôt que de les subir.
Protéger l’eau, c’est un investissement pour la paix, pour la santé, pour l’agriculture et pour la justice sociale. C’est un devoir d’État.

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