Répondre à la pénurie de personnel médical

1. Un déficit d’offre face à une demande croissante

La France fait face à un déficit structurel d’offre médicale, alors même que la demande de soins augmente sous l’effet du vieillissement, des maladies chroniques et de l’évolution des attentes des patients. Cette tension produit plusieurs effets bien connus : une pression accrue sur les médecins, des délais d’attente qui s’allongent, une renonciation aux soins en hausse et des inégalités territoriales qui se creusent.

Dans certaines zones, les praticiens prolongent leurs horaires au-delà du raisonnable, faute de relève suffisante. Ailleurs, ils doivent refuser des patients, ce qui fragilise la continuité des soins. Les collectivités, quant à elles, se livrent parfois à une concurrence coûteuse pour attirer les rares médecins disponibles, sans résoudre durablement le problème.

Face à ce constat, la seule réponse crédible est d’augmenter l’offre de soins. Cela passe par plusieurs leviers complémentaires : former davantage de médecins dans le cadre du numerus apertus, mieux accompagner les médecins étrangers ou les étudiants français formés à l’étranger, élargir les compétences des autres professionnels de santé, développer des outils numériques et des intelligences artificielles médicales validées par les autorités sanitaires, et repenser le financement des études médicales pour mieux orienter l’effort public vers les spécialités et territoires en tension.

group of doctors doing operation inside room

2. Mobiliser pleinement les autres professionnels de santé

Le manque de médecins ne signifie pas un manque de professionnels de santé. La France dispose d’un réseau de pharmaciens, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, sages-femmes, ergothérapeutes, psychomotriciens, diététiciens, audioprothésistes, orthoptistes, opticiens, podologues…dont les compétences pourraient être mieux mobilisées.

Des avancées existent déjà. Les protocoles de coopération permettent à certains paramédicaux d’élargir leur champ d’action sous supervision médicale, mais leur déploiement reste limité. Les infirmiers en pratique avancée (IPA), créés en 2018, peuvent assurer une partie du suivi des patients chroniques, mais leur montée en charge est encore trop lente. Les pharmaciens ont vu leurs prérogatives s’étendre (vaccination, dépistage, prescription encadrée), mais ces évolutions doivent être consolidées et généralisées.

D’autres pays ont déjà franchi ce cap. Au Royaume‑Uni, les infirmiers praticiens et les pharmaciens cliniciens disposent d’une autonomie diagnostique et thérapeutique encadrée. En Espagne, les kinésithérapeutes prennent en charge directement certaines pathologies musculo‑squelettiques. En Suisse et au Canada, les sages‑femmes assurent un suivi élargi des patientes, en lien avec les médecins. Ces exemples montrent qu’une meilleure répartition des tâches est possible sans dégrader la qualité des soins.

3. Propositions concrètes pour un élargissement des compétences

Pour maximiser les ressources disponibles et garantir une prise en charge rapide, plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre, comme par exemple :

Étendre le champ d’action des pharmaciens
Accélérer la mise en œuvre des mesures récentes leur permettant de prescrire certains médicaments pour des pathologies bénignes. Renforcer leur rôle dans le suivi des maladies chroniques et élargir leurs compétences en matière de vaccination et de dépistage, dans un cadre sécurisé et validé par la HAS.

Donner plus d’autonomie aux infirmiers et kinésithérapeutes
Accélérer le déploiement des infirmiers en pratique avancée pour qu’ils puissent assurer le suivi de certaines pathologies courantes. Permettre aux kinésithérapeutes d’intervenir sans prescription médicale pour des troubles musculo‑squelettiques simples, comme cela se pratique dans plusieurs pays européens, tout en maintenant un cadre de responsabilité clair.

Développer des intelligences artificielles médicales labellisées par l’État
Faciliter la téléconsultation dans les territoires sous‑dotés en dotant les structures de soins d’outils numériques capables d’assister les professionnels dans l’évaluation initiale des patients. Les IA médicales ne remplacent pas les médecins, mais elles peuvent contribuer au triage, au suivi algorithmique des pathologies chroniques et à la coordination des soins, sous supervision clinique.

4. Réformer le financement des études de médecine pour mieux répartir l’offre

L’État finance largement les études médicales, mais cet investissement ne garantit pas une répartition équilibrée des médecins sur le territoire ou entre les spécialités. Une réforme du financement pourrait mieux aligner l’effort public sur les besoins de santé.

Une piste serait de proposer un modèle fondé sur l’engagement : des bourses couvrant l’intégralité du coût des études et des frais de vie (donc plus ambitieuses et plus exigeantes que les actuels contrats d’engagement de service public) pourraient être attribuées aux étudiants qui s’engagent à exercer dans une région sous‑dotée, à choisir une spécialité en tension ou à travailler plusieurs années dans un établissement public ou non lucratif. Ce type de mécanisme existe déjà dans d’autres pays et permet de mieux orienter les jeunes médecins vers les besoins prioritaires.

5. Résultats attendus et bénéfices pour le système de santé

Augmenter immédiatement l’offre de soins en mobilisant pleinement les professionnels déjà en place.
Réduire la pression sur les médecins généralistes et spécialistes en répartissant mieux les tâches.
Favoriser une meilleure répartition géographique et disciplinaire des médecins grâce à des mécanismes d’engagement volontaire.
Encourager l’innovation et l’utilisation d’outils numériques validés, pour anticiper et compenser les déficits territoriaux de soins.

Grâce à une redistribution intelligente des compétences, à un renforcement des professions paramédicales et à une réforme ciblée du financement des études médicales, la France peut sortir du piège de la pénurie médicale et garantir un accès aux soins plus équitable pour tous.


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