L’État concurrent: un levier pour l’économie française

L’État a longtemps joué un rôle central dans l’économie française, oscillant entre interventionnisme et régulation du marché. Mais à l’ère du numérique, de la transition écologique et des nouvelles tensions géopolitiques, une approche plus audacieuse s’impose : celle de l’État concurrent. Il ne s’agit pas de revenir à une planification économique rigide ni de créer des mastodontes publics inefficaces, mais de redonner à l’État un rôle moteur dans des secteurs stratégiques, là où l’initiative privée peine à garantir innovation, souveraineté et qualité.

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Le constat est simple : certaines industries vitales échappent aujourd’hui totalement à la France et, plus largement, à l’Europe. Le matériel informatique, les systèmes d’exploitation, les solutions de cloud sécurisé, les messageries numériques, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, mais aussi certains secteurs industriels et de distribution sont aujourd’hui dominés par des acteurs américains et asiatiques. Laisser faire le marché n’a pas suffi à structurer une offre compétitive, et la réglementation ne peut, à elle seule, rattraper des décennies de retard. Il est temps que l’État prenne l’initiative, non pas pour imposer, mais pour montrer la voie, en construisant un écosystème alternatif de référence.

1. Un État qui oriente l’économie sans l’étouffer

L’idée d’un État acteur économique n’est pas nouvelle. Mais entre étatisme rigide et ultra-libéralisme, il existe une voie médiane : celle d’un État qui se positionne en concurrent, là où il juge que l’offre privée ne répond pas aux besoins du pays.

Cette approche repose sur plusieurs principes :

  • Investir directement dans des filières stratégiques lorsqu’aucun acteur national n’est en mesure de le faire. L’État ne doit pas se contenter de subventionner des champions français hypothétiques : il doit créer une offre de référence.
  • Labelliser et garantir des standards de qualité, à l’image de ce que font certaines agences publiques aux États-Unis pour l’armement ou les télécoms. L’exemple de la NASA, qui fixe des cahiers des charges stricts à ses fournisseurs, pourrait être transposé à l’industrie high-tech française.
  • Offrir une alternative souveraine sans interdire la concurrence. Il ne s’agit pas de bannir Microsoft, Google ou Amazon, mais de donner aux particuliers, aux entreprises et aux administrations la possibilité de choisir un écosystème technologique français garanti par l’État.

2. Un secteur numérique à reconstruire: le cas du hardware et du software

Aujourd’hui, l’Europe ne fabrique ni ses processeurs, ni ses ordinateurs, ni ses systèmes d’exploitation, ni ses clouds, ni ses intelligences artificielles. Tout est sous contrôle américain ou asiatique. Même nos tentatives d’alternatives (cloud souverain, moteurs de recherche européens) se soldent par des semi-échecs faute d’une vision stratégique et de moyens réels.

L’État concurrent doit remettre la France dans la course avec des solutions concrètes :

  1. Créer une offre nationale de matériel informatique durable et sécurisé
    • Ordinateurs, serveurs et smartphones sans obsolescence programmée, réparables et conçus en France. Des composants sécurisés garantis sans backdoor (espionnage via le matériel).
    • Une chaîne de production relocalisée, en partenariat avec d’autres pays européens.
  2. Développer un système d’exploitation souverain et open-source
    • Un OS simple d’utilisation, mis à jour régulièrement, indépendant des grandes firmes américaines.
    • Une interface capable de rivaliser avec Windows et MacOS, avec un soutien étatique pour les entreprises qui l’adoptent.
  3. Structurer une offre cloud sécurisée et une messagerie nationale
    • Hébergement 100 % français, sans exploitation des données personnelles.
    • Une alternative crédible aux services Gmail et Outlook, avec cryptage des échanges et certification publique des niveaux de sécurité.
  4. Créer une intelligence artificielle sous contrôle public
    • Un modèle de langage français, financé par l’État, et utilisable en open-source pour les chercheurs et entreprises.
    • Une IA développée sur des serveurs nationaux, indépendante des clouds américains et chinois.

Cette stratégie permettrait non seulement de réduire notre dépendance aux GAFAM et aux BATX chinois, mais aussi d’offrir aux citoyens une alternative fiable face aux acteurs privés dont les modèles économiques reposent sur l’exploitation des données personnelles.

3. Une alternative publique dans le commerce et la consommation

L’exemple du numérique n’est qu’un point de départ. D’autres secteurs nécessitent une intervention publique pour rétablir des circuits vertueux.

3.1. L’agroalimentaire : un réseau d’État pour une alimentation responsable

Aujourd’hui, la grande distribution impose des marges élevées et exerce une pression énorme sur les producteurs agricoles, tout en favorisant des produits ultra-transformés. Une chaîne de magasins contrôlée par l’État pourrait :

  • Soutenir des circuits courts en achetant directement aux producteurs, avec un prix d’achat équitable.
  • Ne vendre que des produits bien notés en termes de qualité nutritionnelle (Nutriscore A à C), sans ajouts nocifs.
  • Pratiquer des marges maîtrisées pour offrir des produits bio et locaux à des prix accessibles, sans pour autant tuer la rentabilité des agriculteurs.

3.2. L’industrie textile : des vêtements durables et locaux

L’industrie textile est aujourd’hui complètement dominée par l’Asie, avec des conséquences désastreuses : pollution, exploitation humaine et qualité dégradée. L’État pourrait créer un label public de textile durable, avec des magasins proposant :

  • Des vêtements fabriqués en France ou en Europe, garantis sans exploitation sociale.
  • Des prix abordables grâce à une maîtrise des marges et des circuits de distribution raccourcis.
  • Une garantie de durabilité, en opposition aux grandes marques qui misent sur le renouvellement rapide des collections.

3.3. L’électronique grand public : vers une alternative souveraine aux produits asiatiques

Smartphones, électroménager, appareils connectés : la France ne fabrique quasiment plus rien. Une initiative publique dans l’électronique grand public pourrait :

  • Soutenir la production de téléviseurs, de smartphones et d’électroménager conçus pour durer.
  • Garantir un service après-vente efficace, avec des pièces détachées disponibles pendant 10 ans.
  • S’imposer comme une alternative au tout-chinois, avec une traçabilité et un contrôle qualité accrus.

4. Un État qui oriente plutôt qu’il n’impose

Il ne s’agit pas d’un retour aux monopoles publics. L’idée de l’État concurrent n’est pas d’éliminer la concurrence, mais de proposer une alternative crédible et d’influencer le marché. En montrant qu’un modèle économique plus vertueux est possible, il pousse les acteurs privés à s’aligner, sous la pression des consommateurs.

Plutôt que de multiplier les normes contraignantes, l’État pourrait prouver par l’exemple qu’un autre modèle est viable :

  • En imposant des standards de qualité que les acteurs privés seront contraints d’adopter pour rester compétitifs.
  • En rendant accessibles des produits responsables, qui, par leur succès, inciteront les grandes marques à revoir leurs pratiques.
  • En structurant des filières stratégiques, que le marché seul ne parvient pas à développer.

Vers une économie pilotée avec intelligence

Loin d’un dirigisme archaïque, l’État concurrent propose une réponse pragmatique aux défaillances du marché, en apportant de l’innovation et de la qualité là où l’offre privée est insuffisante. En investissant dans le numérique, le commerce responsable et l’industrie, il peut redonner à la France une place de choix dans l’économie mondiale, tout en garantissant aux citoyens des alternatives solides et durable


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