
La mobilité européenne ne doit pas rester l’apanage des étudiants des grandes villes, futurs cadres du tertiaire. Depuis près de 40 ans, Erasmus a permis à des millions de jeunes diplômés de découvrir d’autres cultures et d’apprendre à coopérer. Mais dans sa forme actuelle, il reste le privilège d’une minorité.
Certes, des millions d’Européens travaillent déjà dans un autre pays de l’Union. Cette mobilité économique est réelle, dynamique, et constitue l’un des acquis majeurs du marché unique. Mais elle est souvent subie, liée à des opportunités individuelles ou à des écarts de salaires entre pays. Elle ne s’accompagne pas d’un cadre de formation, d’un soutien linguistique, ni d’une reconnaissance professionnelle structurée. À l’inverse, la grande majorité des actifs européens – apprentis, techniciens, aides‑soignants, artisans, agents publics, salariés du bâtiment ou du numérique – n’a pas accès à une mobilité professionnelle organisée, qualifiante et financée, pensée comme un outil de progression dans leur métier. C’est ce chaînon manquant que nous proposons de créer.
L’idée est de créer un Erasmus des métiers, destiné à la classe moyenne européenne. Un programme ouvert à tous les actifs, quel que soit leur âge ou leur niveau de diplôme, pour leur permettre de passer quelques semaines ou quelques mois dans un autre pays européen, en formation, en immersion ou en mission temporaire. Une mobilité concrète, utile, reconnue.
1. Un droit à la mobilité professionnelle européenne
Erasmus+ finance déjà des mobilités pour les apprentis, les jeunes en insertion ou certains salariés en formation continue. Mais ces dispositifs restent marginaux, complexes et inégaux selon les pays.
Il s’agirait de créer un droit à la mobilité professionnelle, avec :
- une prise en charge des frais de logement, transport, assurance et soutien linguistique ;
- un accès ouvert à tous les actifs, y compris les plus âgés, les fonctionnaires, les salariés du privé, les agents publics ;
- des mobilités courtes (2 à 8 semaines) ou longues (3 à 12 mois), selon les besoins des secteurs.
- Pour 200 000 participants par an (objectif raisonnable à l’échelle européenne), le budget serait de 800 millions à 1,2 milliard d’euros par an.
2. Des parcours qualifiants dans les secteurs en tension
L’Union européenne a déjà lancé des “académies de compétences” dans certains secteurs, mais elles restent dispersées.
Nous proposons de structurer des parcours qualifiants européens dans les métiers où les besoins sont les plus forts : soins, bâtiment, énergie, numérique, petite enfance, mobilité douce, services publics. Ces parcours seraient co‑construits avec les régions, les branches professionnelles et les employeurs, et intégreraient des certifications reconnues dans plusieurs pays.
3. Une reconnaissance automatique dans les carrières
Aujourd’hui, les mobilités professionnelles sont peu reconnues. L’Europass existe, mais il est peu utilisé.
Nous proposons :
- que les séjours professionnels à l’étranger soient valorisés dans les concours administratifs, les promotions internes, les grilles salariales ;
- que les compétences acquises soient intégrées dans les référentiels de formation ;
- qu’un Passeport européen des compétences soit créé, regroupant certifications, expériences, compétences linguistiques et évaluations.
4. Une agence européenne dédiée et un budget renforcé
Erasmus+ est géré par des agences nationales, ce qui crée des inégalités et une grande complexité administrative.
Nous proposons :
- la création d’une Agence européenne de la mobilité professionnelle, chargée de coordonner les mobilités, d’accompagner les employeurs et de simplifier les démarches ;
- un budget dédié, distinct d’Erasmus+, financé par le budget européen et par des contributions volontaires des États membres ;
- des partenariats avec les régions, les chambres de métiers, les hôpitaux, les entreprises publiques et privées.
- Une agence européenne de taille moyenne (800 à 1 200 agents) représenterait un budget annuel de 120 à 180 millions d’euros.
Pour une Europe utile, visible et concrète
L’Europe des métiers est le chaînon manquant entre l’Europe des élites et celle des peuples. Elle peut devenir un moteur de convergence sociale, de montée en compétences, de mobilité choisie et non subie. Elle peut redonner du sens à l’Europe, en la rendant utile, visible, concrète.

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