Vers un régime de retraite universel et flexible

La réforme des retraites ne peut pas être simplement une question d’âge pivot ou de mesure budgétaire. C’est une question de justice, de lisibilité et de liberté. Aujourd’hui, notre système est non seulement illisible, mais aussi profondément inégalitaire. Il pénalise les carrières mixtes, bride les choix de vie, et manque de souplesse dans un monde du travail de plus en plus hétérogène.

Il est temps de construire un système de retraite universel, équitable et flexible, dans lequel chaque Français comprenne ses droits, décide de son avenir, et contribue à un modèle collectif solide.

1. Un euro cotisé = les mêmes droits pour tous

Aujourd’hui, un euro cotisé ne donne pas les mêmes droits selon que l’on soit salarié du privé, fonctionnaire, indépendant ou affilié à un régime spécial. Cette fragmentation historique a créé des écarts considérables entre les pensions à carrière équivalente. Deux personnes ayant versé le même montant de cotisations peuvent toucher des pensions très différentes, uniquement parce qu’elles dépendaient de régimes distincts.

Prenons l’exemple d’un salarié du secteur privé ayant cotisé à l’Agirc-Arrco pendant 25 ans, qui devient ensuite fonctionnaire de catégorie B. À l’heure de la retraite, il se voit appliquer deux règles de calcul différentes, avec un niveau de pension difficile à anticiper. De même, une personne ayant été contractuelle dans une mairie (droit privé), puis fonctionnaire titulaire (droit public), puis élue locale, relèvera de trois régimes différents, aux règles distinctes.

Nous proposons un principe simple et juste : chaque euro cotisé ouvre les mêmes droits, quel que soit l’employeur, le statut ou le secteur. C’est le seul moyen de garantir l’égalité entre les carrières et de rétablir la confiance dans le système. Ce principe, déjà appliqué dans certains régimes complémentaires (comme l’Agirc-Arrco), a fait ses preuves.

2. Un système favorable aux parcours mixtes

Les carrières d’aujourd’hui sont rarement linéaires. Il est fréquent de passer d’un statut à un autre au fil des années, parfois contraint, parfois par choix. Et pourtant, notre système pénalise ces transitions.

Prenons quelques exemples concrets :

  • une infirmière libérale devenue salariée d’un hôpital public (régime général puis CNRACL) ;
  • un chef d’entreprise devenu député puis fonctionnaire international ;
  • un agriculteur devenu artisan-commerçant, puis retraité partant en cumul emploi-retraite dans une mairie ;
  • un ancien marin devenu fonctionnaire territorial après reconversion ;
  • un employé de la SNCF reconverti dans le secteur privé ;
  • ou encore un artiste-auteur ayant complété ses revenus comme contractuel dans l’enseignement.

Dans ces situations, les assurés se retrouvent à cumuler des règles différentes, des calculs opaques, des pensions parfois désavantageuses malgré une carrière complète. Ce n’est plus acceptable.

Le système universel met fin à ces inégalités. Tous les droits sont consolidés dans un compte unique, quelle que soit l’origine des cotisations. Plus de double ou triple affiliation. Plus de rupture de droits. Une seule règle claire, lisible, prévisible. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) souligne que l’empilement des régimes est un facteur majeur d’inégalité, de complexité et de démotivation.

3. Un âge de départ libre entre 55 et 75 ans

Le cœur de notre proposition repose sur la liberté. Chaque Français pourra choisir de partir à la retraite entre 55 et 75 ans, en fonction de ses projets, de sa santé, de ses aspirations, et des droits qu’il a accumulés.

Ce modèle suppose de désacraliser la notion d’âge légal, mais aussi celle de durée minimale de cotisation. Ces deux paramètres ont perdu leur pertinence dans un monde où les carrières sont plus courtes, plus fragmentées, et plus tardives. Il faut sortir d’une logique d’autorisation administrative pour entrer dans celle de la liberté personnelle.

Bien sûr, une personne partant à 55 ans avec peu de cotisations touchera une pension modeste, tandis qu’un départ tardif entraînera une surcote. Mais ce sera son choix, éclairé par des simulations claires, accessibles sur un portail unique.

Des pays comme la Suède, la Norvège ou le Canada ont déjà mis en place des systèmes modulables sur une large fourchette d’âge. Cela fonctionne, à condition que l’information soit fiable, les règles stables, et les effets financiers bien anticipés.

4. Une part de capitalisation obligatoire et encadrée

Le régime par répartition reste le cœur du modèle. Mais il est fragile, dépendant de la démographie, du plein emploi et de la solidarité entre générations. Pour l’appuyer durablement, 25 % des cotisations retraite seront obligatoirement affectés à un compte individuel par capitalisation, pour tous les actifs.

Ce compte pourra être géré par des acteurs publics ou privés agréés, selon des règles communes, avec un pilotage strict des risques et une transparence totale des frais. Il constituera un complément de pension personnalisé, sécurisé, et transmissible dans certaines conditions.

La Suède ou les Pays-Bas ont montré que ce modèle hybride est plus robuste sur le long terme. Il permet à la fois de garantir un minimum de solidarité via la répartition, et d’individualiser une partie du revenu futur.

5. Des compensations financées directement par l’État

Les règles de retraite doivent rester contributives, c’est-à-dire fondées sur ce que chacun a cotisé. Mais il est essentiel de prévoir des mécanismes de compensation pour les situations particulières : maternité, invalidité, handicap, pénibilité, interruptions longues pour soins aux proches…

Nous proposons que toutes ces compensations soient financées directement par l’État, et non intégrées dans les calculs de retraite. Cela permettra :

  • d’assurer une solidarité assumée, visible, transparente ;
  • de clarifier le rôle de la retraite contributive ;
  • et de mieux piloter l’ensemble des aides sociales dans une logique de justice et de cohérence.

6. En finir avec les réformes tous les cinq ans

Chaque gouvernement a tenté « sa » réforme des retraites. Le résultat : une instabilité permanente, un système incompréhensible, et une colère récurrente dans la société.

Notre ambition est de clore ce cycle. Le système que nous proposons doit être :

  • stable, parce qu’universel et fondé sur des règles simples
  • pilotable, parce qu’il repose sur des paramètres ajustables automatiquement selon des critères objectifs
  • durable, parce qu’il combine solidarité et responsabilité individuelle.

La gouvernance du système reposera sur un comité indépendant, en lien avec les projections du Conseil d’orientation des retraites. Plus besoin de grande loi tous les cinq ans : les paramètres évolueront progressivement, de façon anticipée, sans brutalité.

Conclusion

Réformer les retraites, c’est poser les bases d’un contrat républicain fondé sur l’équité, la liberté et la stabilité. Un système universel, où 1 euro cotisé ouvre les mêmes droits, quel que soit le parcours, où chacun peut partir entre 55 et 75 ans, et où la capitalisation devient un pilier complémentaire obligatoire.

Un système juste, clair, durable — et enfin à la hauteur des attentes des Français.


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